À l’approche des élections, je doute qu’il reste beaucoup d’espace pour souligner et célébrer la Journée nationale des personnes âgées. Et pourtant, nous voilà le 1er octobre, et je tiens à vous souhaiter une très belle Journée nationale des personnes âgées !

Mais qu’est-ce que cela veut dire, au juste ? Pour moi, sachant que nous vieillissons tous et que nous faisons tous partie d’une population qui vieillit, il n’y a pas de meilleur moment pour parler ouvertement des besoins qui entourent le vieillissement – dans nos conseils d’administration, dans nos politiques, dans nos technologies et autour de nos tables de cuisine.

Voici trois principaux domaines où je constate une inquiétude grandissante, de même qu’un silence assourdissant autour du sujet.

Accessibilité et facilité d’utilisation de la technologie

Dernière nouveauté : les électeurs doivent désormais scanner un code QR pour obtenir des informations sur la façon de voter. Et s’ils n’ont pas d’appareil pour le faire ? Et s’ils n’ont pas accès à internet ? À un ordinateur qui fonctionne (pas juste un ordinateur qui ramasse la poussière) ? Ou à une adresse courriel ? Comment peut-on se renseigner sur les programmes des partis et faire un choix éclairé quand on ne peut même pas avoir accès à cette information ?

Je pense à cette dame très instruite qui avait eu un AVC et qui devait tout réapprendre. Utiliser une télécommande était devenu un véritable défi pour elle. Malgré son aphasie, elle avait réussi à dire : « Le bouton du volume va de gauche à droite. Le volume devrait aller de haut en bas. Je ne comprends pas. » La télécommande ne correspondait pas à sa réalité cognitive.

Pour une autre de mes clientes, qui avait travaillé toute sa vie dans une banque, il était impossible de confirmer son identité pour mettre à jour son adresse car le système exigeait l’envoi d’un texto sur un téléphone cellulaire.  Elle avait seulement une ligne fixe et n’était pas à l’aise avec les appareils mobiles. Du jour au lendemain, elle ne pouvait plus payer ses factures.

Ce ne sont pas des cas isolés. C’est la réalité quotidienne d’un nombre grandissant de personnes.

La mondialisation et le cercle de soutien qui se rétrécit

Les familles étant moins nombreuses et les enfants partant vivre à l’autre bout du pays ou de la planète, qui est là – au quotidien – pour aider les parents âgés à la maison ?

Au cours de la visite d’une résidence pour personnes âgées au Portugal, la directrice qui m’accueillait était troublée car elle qui travaillait tous les jours auprès des aînés ne pouvait pas aider sa propre mère qui vivait en Afrique du Sud. Ni l’une ni l’autre ne pouvait déménager et son seul frère vivait quant à lui en Irlande. Bien sûr, envoyer de l’argent peut être utile, mais cela ne permet pas d’offrir immédiatement de l’aide quand survient une tâche urgente comme aider à déchiffrer une lettre du gouvernement, accéder à ses comptes pour payer ses factures ou avoir quelqu’un de rassurant à ses côtés qui nous aide à comprendre une intervention médicale.

Pas plus tard que la semaine dernière, j’ai reçu des appels provenant de l’Ontario, du Panama, du Vietnam et de la Suisse pour obtenir de l’aide auprès d’un être cher à Montréal. Nous vivons plus longtemps, de façon plus isolée, et nous nous trouvons souvent démunis lorsqu’il faut trouver du soutien.

Le pouvoir de nos mots

Si nous prenons un petit moment pour nous écouter parler du vieillissement, nous risquons d’avoir un choc. Voici ce que j’entends tous les jours quand une personne âgée est confrontée à un changement au niveau de son autonomie : « elle doit », « ils n’ont pas le choix », « on va les forcer », « on va les placer », « on va les mettre là-bas ». Nos mots sont aussi écrasants que du bulldozage.

Si nous parlions ainsi à nos enfants, on nous disputerait. Au fond, ne sommes-nous pas tous des enfants, quelque part ?

Nos mots ont du pouvoir à chaque étape et à chaque âge de la vie. Ils façonnent nos pensées et nos actions. Nous pouvons faire changer les choses en utilisant des mots qui redonnent du pouvoir tels que : aider, explorer, trouver des solutions, ajuster ou s’adapter à nos besoins actuels et à nos nouvelles réalités. Ces mots mettent en valeur la personne et non pas le problème.

L’accessibilité : une priorité

L’accessibilité et la facilité d’utilisation se trouve au cœur de nos tâches quotidiennes. La hauteur d’une étagère. La lourdeur d’une porte. La conception des boutons d’une machine. La façon dont la technologie est conçue pour être accessible. Le confort des bancs de parc. Le design des robinets pensés pour être à la fois beaux et faciles à ouvrir. Chaque détail compte.

Je crois fermement qu’en utilisant – un mot à la fois – un langage qui redonne du pouvoir aux gens, nous pouvons garder l’utilisateur au cœur de notre réflexion et concevoir des produits et des services qui sont accessibles et faciles à utiliser, peu importe l’âge. Parce que nous vieillissons tous. Nos parents vieillissent. Nos voisins vieillissent. Et nous devons parler du vieillissement afin de pouvoir mieux nous y adapter.

À l’occasion de la Journée nationale des personnes âgées, rappelons-nous que l’accessibilité est quelque chose de concret. La dignité, c’est aussi avoir une voix à toutes les tables, y compris par notre vote.

Pour souligner la Journée nationale des personnes âgées, nous vous invitons à découvrir l’exposition Le temps file de Marie-Claude Giguère, présentée au programme de Verdun à l’avant-scène, à la Bibliothèque Jacqueline-De Repentigny, 5955, rue Bannantyne à Verdun. L’exposition se tient du 24 septembre au 11 octobre.